L'Hon. Stéphane Dion

Votre député de


Saint-Laurent

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Dernier discours en Chambre de l’honorable Stéphane Dion

Monsieur le Président, enfant de la ville de Québec, fier de la communauté musulmane de ma circonscription, je dénonce ces deux faucheuses de la vie que sont l’ignorance et la haine. Je pleure les victimes, exprime ma tristesse aux familles et aux proches, souhaite prompt rétablissement aux blessés et félicite les forces policières d’avoir arrêté l’auteur présumé de cette tuerie insensée.

En cette dernière occasion qui m’est donnée de me lever à la Chambre, après avoir eu l’honneur d’y représenter pendant 21 années les magnifiques communautés de Saint-Laurent et de Cartierville, je fais un ultime plaidoyer pour la cause que j’ai servie de toutes mes forces, celle d’un Canada uni, plus prospère, plus juste et plus vert, et qui joue le rôle qui doit être le sien dans le monde.

Nous avons comme pays un joyau sur cette planète. Immense comme un continent, le Canada est d’une beauté grandiose et sublime. Jouissant de l’une des plus belles qualités de vie, ayant pour officielles, deux langues internationales, fort de ses peuples autochtones qui lui donnent le sens de la durée, appuyé sur ses populations multiculturelles qui lui donnent prise sur le monde, enraciné dans l’Europe, plongeant dans les Amériques, ouvert sur l’Asie, n’ayant jamais déployé à l’étranger ses braves militaires pour d’autres raisons que de servir avec courage les causes de la paix, de la démocratie et de la justice, le Canada représente pour des milliards d’êtres humains un idéal universel d’ouverture, de tolérance et de générosité que nous devons toujours nous efforcer d’atteindre.

La poursuite de cet idéal, pour être efficace, doit s’appuyer sur notre dualité linguistique, laquelle forgée par notre histoire est indissociable de notre avenir. La langue française est elle aussi une condition essentielle de nos succès futurs.

À mes chers collègues, je dis: faisons notre part, notamment en choisissant des chefs de parti qui puissent s’exprimer dans nos deux langues officielles.

La poursuite de l’idéal canadien, pour être efficace, doit s’appuyer sur le plein apport des Québécois. Ce pays, nous, les Québécois, l’avons créé de nos mains avec les autres Canadiens. Nous devons bien sûr miser sur l’autonomie québécoise et un fédéralisme respectueux des compétences provinciales, mais aussi, il nous faut déployer notre savoir-faire québécois à la grandeur du Canada.

Si jamais on devait encore essayer de nous obliger à commettre cette grave erreur qui serait de choisir entre nos deux belles identités québécoise et canadienne, au lieu de les embrasser toutes les deux, il faudrait alors que ce soit dans la clarté, dans l’État de droit, le cadre constitutionnel, avec un souci de justice pour tous. Voilà les droits fondamentaux que protègent l’avis de la Cour suprême de 1998 et la loi sur la clarté qui lui donne effet. Toutefois, j’ai la conviction que nous, les Québécois, choisirons toujours de demeurer aussi des Canadiens.

Pour nous rapprocher de l’idéal que le Canada représente dans le monde, et que je viens de décrire, nous devons renforcer le pluralisme de notre démocratie et tabler sur les forces respectives de nos partis politiques. Le Parti libéral, que j’ai déjà eu l’honneur de diriger, cherche à concilier les préoccupations économiques, sociales et environnementales au lieu de les mettre en concurrence. Il croit que la croissance économique découle d’une plus grande justice sociale et de politiques environnementales plus efficaces. Le Canada doit jouer un rôle de premier plan dans la lutte pour la croissance inclusive et le développement durable, lutte vitale pour l’avenir de l’humanité.

La planète a besoin d’autres pays comme le Canada. C’est ce que nous entendons partout dans le monde. Je suis fier de m’être exprimé, au cours de la dernière année, en faveur du rôle du Canada comme architecte résolu de la paix, comme pays qui défend ses propres intérêts et ceux de ses alliés, et qui fait la promotion partout de la valeur universelle selon laquelle tous les êtres humains, peu importe leur nationalité, ont droit à la même dignité.

Voilà les combats que j’ai menés pour mon pays pendant 21 ans à titre de parlementaire. Je ne remercierai jamais assez toutes celles et ceux qui m’en ont donné la chance. Si j’avais le temps, je nommerais tout le monde: les premiers ministres, mes collègues, mes collaborateurs, les gens de ma circonscription, etc. Toutefois, je me permettrai de nommer simplement ma famille, Janine et Jeanne, qui ont consenti à d’énormes sacrifices et à qui je dois tout.

Ces dernières semaines, il m’a fallu choisir entre deux de mes passions: l’enseignement et le service public. Je remercie l’Université de Montréal de m’avoir offert d’y être professeur invité dans des conditions vraiment formidables. J’ai bien failli dire oui, car il n’y a pas à mes yeux de plus beau métier que celui d’enseignant. Toutefois, ce n’est pas dans cette enceinte que j’ai besoin d’expliquer la dépendance à l’adrénaline de l’action ou de décrire combien l’appel du service public est irrésistible, surtout quand cet appel vous vient de votre premier ministre.

Cela est d’autant plus vrai en raison de l’important mandat que m’a proposé le premier ministre. Je suis heureux de dire, après le député de Markham—Thornhill, que j’ai accepté la proposition du premier ministre de devenir ambassadeur du Canada en Europe. En effet, j’ai accepté de devenir ambassadeur auprès de l’Allemagne et de l’Union européenne.

Le continent européen est confronté à sa façon aux mêmes défis que nous. Comme nous, il doit veiller à ce que l’ouverture et l’inclusion l’emportent sur l’exclusion et la xénophobie, favoriser une croissance inclusive et démontrer que le respect des droits des travailleurs et de l’environnement doit faire partie du libre-échange.

Je vais faire tout ce que je peux en cette période critique pour renforcer les liens entre le Canada et l’Europe. C’est un honneur pour moi d’intégrer le corps diplomatique canadien. Nous avons été capables de renforcer ces liens dans le cadre de mes 38 visites en Europe l’année dernière. C’est grâce au professionnalisme et à l’excellence des fonctionnaires, des diplomates et des chefs de mission que cela fut possible. Je me réjouis de travailler à leurs côtés.

S’il y a une chose qui va me manquer, c’est bien d’être député. Monsieur le Président, par votre entremise, je voudrais inviter mes chers collègues à profiter de chaque instant où ils ont la chance d’être les représentants élus de leur circonscription. Chacun d’entre eux, qu’il fasse partie du gouvernement ou de l’opposition, doit se montrer digne des grandes responsabilités accompagnant le titre de représentant du peuple canadien. Je leur demande de chérir notre démocratie et de ne jamais cesser de tenter de l’améliorer; de s’élever au-dessus de l’adversité; et de trouver le temps, au moins lors d’une partie de soccer avec les pages, de préserver la fraternité qui nous unit.

Je souhaite qu’ils sachent qu’ils seront toujours les bienvenus à Bruxelles ou à Berlin pour rendre visite à une personne qui fut leur collègue, certes, mais qui sera surtout toujours leur ami.

Vive la démocratie parlementaire canadienne! Vive l’amitié entre l’Europe et le Canada!